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Symboles culturels et Etat centralisé

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Doppet.jpgJe crois que dans beaucoup de cas, l'infaillibilité du Pape a été remplacée par le sentiment de l'infaillibilité de l'État. Sur le plan culturel, l'échelon dit national, et qui est principalement lié à la culture propre à la capitale, essaie toujours d'apparaître comme le seul légitime. Sur son blog, indirectement, Sylvestre Rossi s'en plaint, en s'en prenant à Claude Arnaud qui laisse entendre qu'en Corse, on n'est pas ouvert d'esprit comme à Saint-Germain-des-Prés. A Bourg-Saint-Maurice, capitale de la haute Tarentaise, j'ai parlé de ces questions avec mon camarade Jean-Luc Favre, Tarin profond, sur le plan physique, mais jacobin profond aussi, dans sa philosophie. Car il y eut, bien sûr, des Savoyards jacobins : leur saint patron, si je puis dire, est François-Amédée Doppet, fondateur du club des Allobroges et premier président de l'Assemblée des Allobroges. Cependant, il restait lié, intérieurement, au mysticisme de saint François de Sales, je crois : car, préfigurant Hugo, qui voyait dans le génie de la Liberté un ange de la Patrie, il adressait à ce génie des voeux qui ressemblaient à des prières, et croyait que la Providence agirait conformément à ce génie et à ses vues, c'est à dire favorablement à la République. Il regardait le génie de la Liberté comme l'envoyé de l'Être suprême, et d'ailleurs, en tant que général, il essaya constamment d'empêcher les soldats de la République de s'en prendre à la religion catholique telle que pouvaient la pratiquer les peuples, estimant que la République était l'ennemie des princes, mais pas des peuples, qui étaient libres de pratiquer le culte qu'ils voulaient. Cependant, on l'a, dans son propre camp, considéré comme un illuminé, un homme délirant.

Quoi qu'il en soit, mon ami Jean-Luc Favre tendait à défendre le modèle culturel proposé par l'Etat centralisé depuis Paris, et, par conséquent, il admettait le caractère plus ou moins illégal, ou vicieux, de la culture régionale, la rattachant à l'esprit de division qu'on appelle ordinairement le communautarisme. Il avouait, du reste, que le fond du problème était politique : la qualité de la production culturelle n'était pas réellement en cause, à moins de dire qu'il fallait relier forcément la vraie culture au fil du jacobinisme, que ce fil était la source de tout éclat, au sein de la vie culturelle. Il mêlait étroitement la culture à la politique - les idées présentes dans une oeuvre et la manière dont l'oeuvre les exprime. Et il colonne2.jpgen est venu à reconnaître que la question était territoriale : une légitimité culturelle donnée à un territoire excentré tendrait à le rendre autonome, parce que l'Etat centralisé lui-même s'appuie sur la culture pour apparaître comme légitime.

Il m'apparaît donc que la culture doit être détachée de l'Etat, et être la prérogative exclusive des citoyens, pris individuellement.

Cela dit, les fervents défenseurs de l'esprit républicain, les descendants de Doppet et du Victor Hugo de La Fin de Satan, doivent pouvoir s'exprimer pleinement, afin de créer une substance psychique qui unisse spontanément les citoyens. Le 14 juillet, plutôt qu'un défilé militaire, je proposerais volontiers une représentation théâtrale ritualisée, un mystère républicain mettant en scène le génie de la Liberté, venu du ciel ou descendu de sa colonne dite de Juillet, et l'esprit démoniaque de la Bastille, et leur combat, en relation avec l'histoire physique, dont certains pensent qu'elle est la seule qui soit authentique - mais ce dont Doppet puis Hugo ont parlé, Henry Corbin l'appelait hiérohistoire, l'histoire mystique, parallèle à l'histoire physique ; ne serait-ce que comme phénomène propre au psychisme humain, l'art doit l'intégrer. Ce sera un moment de communion, et l'armée pourra participer pour figurer les citoyens qui ont pris la Bastille.

Cependant, cela doit surtout avoir lieu à Paris ; et on ne doit pas empêcher les autres villes de France de célébrer leurs propres symboles, si elles le désirent. La République est une union de cités, plus que l'empire d'une seule, à mes yeux.


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